Des combattants houthis prennent part à une manifestation à Sanaa pour recruter de nouveaux soldats, le 7 octobre 2026 ( AFP / Mohammed HUWAIS )
Des dégâts sur une maternelle après une interception de missile, des diplomates et écoliers à l'abri, et un aéroport ciblé à répétition: Ryad, frappé par les Houthis du Yémen, connaît jeudi l'un de ses épisodes les plus violents depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
L'ampleur et la fréquence des attaques sur la capitale saoudienne sont inédites en huit mois d'une guerre régionale déclenchée par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.
Si les armes se sont globalement tues entre Washington et Téhéran, le front principal est aujourd'hui celui opposant le mouvement houthi pro-iranien aux forces gouvernementales yémenites, et à l'Arabie saoudite qui les soutient.
A l'aéroport de Ryad, un avion a été gravement endommagé, ont indiqué à l'AFP deux sources briefées sur l'incident. La première source a signalé des dégâts majeurs sur au moins un appareil, tandis que la seconde affirme que trois avions ont été touchés.
Les Houthis ont revendiqué trois frappes sur l'aéroport dans la seule journée de jeudi, exhortant à nouveau les compagnies aériennes à éviter le ciel saoudien.
Selon la Défense civile saoudienne, "des fragments de missile sont tombés à Ryad après l'interception d'un missile balistique, causant des dégâts matériels à une maternelle et à un complexe médical".
L'aéroport a demandé aux passagers de vérifier auprès de leur compagnie que leur vol n'était pas annulé avant de s'y rendre, et Washington a réclamé de ses citoyens une "vigilance accrue" après les attaques, interdisant à ses employés d'aller à l'aéroport sans "autorisation spéciale".
Sur place, les panneaux d'affichages signalent plusieurs reports et annulations. Des compagnies comme Air France et Lufthansa avaient déjà suspendu leurs vols récemment.
"Panique"
Dans la capitale, de fortes explosions ont été entendues, poussant des diplomates à se mettre en lieu sûr dans le quartier diplomatique et des entreprises à évacuer leur personnel dans le quartier d'affaire.
Des écoles internationales ont aussi pris des précautions, selon les témoignages d'habitants, les enfants se réfugiant dans certains cas au sous-sol par mesure de sécurité.
"Ma fille m'a appelée. Elle était en panique", a raconté à l'AFP une mère de famille ayant requis l'anonymat.
Les hostilités entre les Houthis, qui contrôlent la capitale yéménite Sanaa et de vastes pans du pays depuis plus d'une décennie, et le gouvernement, se sont réveillées en juillet après des années d'accalmie, devenant le nouveau front de la guerre au Moyen-Orient.
Depuis, les combattants pro-iraniens bombardent régulièrement des installations pétrolières du royaume saoudien, premier exportateur mondial de brut, et ont appelé jeudi le personnel de ces sites à partir.
La pression s'était déjà accentuée sur les infrastructures aéroportuaires ces derniers jours, avec des attaques sur deux aéroports saoudiens dont celui de Ryad ayant fait trois morts et des dizaines de blessés.
Plus de 200.000 déplacés
Parallèlement, les combats se poursuivent au Yémen, avec plus de 400 morts depuis le lancement lundi de l'opération "Aube du Yémen" lancée par les forces gouvernementales avec l'appui des avions de combat de Ryad.
Une famille de déplacés au Yémen porte des matelas après avoir dû fuir sa maison en raison des combats entre les Houthis et les forces gouvernementales à Hajjah, le 7 octobre 2026 ( AFP / Essa AHMED )
Jeudi, les affrontements dans le sud-ouest du pays ont fait au moins 83 morts, ont indiqué à l'AFP des sources militaires dans les deux camps.
L'objectif est de faire reculer les Houthis, qui ont pris au terme d'une offensive éclair en septembre le contrôle de l'ensemble du littoral yéménite donnant sur la mer Rouge, et renforcé leur emprise sur le stratégique détroit de Bab el-Mandeb, reliant l'Asie à l'Europe via le canal de Suez.
Si le gouvernement parle de "victoires sur plusieurs fronts", les combattants pro-iraniens ont démenti avoir cédé du terrain et des sources militaires des deux bords n'ont pas fait état d'évolutions majeures sur les lignes de front.
La reprise des hostilités a fait plus de 200.000 déplacés au Yémen, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), qui s'est alarmée mercredi du manque de financements nécessaires pour faire face à cette nouvelle crise humanitaire dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique.
Face aux attaques incessantes des Houthis, en Arabie saoudite comme au Yémen, Ryad et ses alliés ont réclamé à plusieurs reprises un soutien international ces dernières semaines, notamment des Etats-Unis, sans succès jusqu'ici.
La Turquie, le Pakistan et l'Arabie saoudite ont convenu en début de semaine de passer "immédiatement à la mise en pratique" d'un accord de défense, signé en août à La Mecque, et promis un déploiement rapide de forces dans le royaume - ce qui n'a pas été suivi d'effets connus pour l'heure.

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